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2 février 2008 6 02 /02 /février /2008 13:09

Je venais juste de m’installer en Iran et recherchais un jeudi après-midi un coiffeur dans le haut de Valendjak, au nord de Téhéran. Je demandais à une charmante miss toute vêtue de noire que je venais de croiser à l’entrée d’un centre commercial de m’indiquer ou se trouvait le coiffeur le plus proche. Après quelques instants de surprise de croiser un étranger, de surcroit à la recherche d’un coiffeur, elle rassembla son meilleur anglais pour me dire : « cut your head ? You want to cut your head? Go upstairs, 2nd floor. ». Nous étions en 2005, à l’époque ou à quelques kilomètres de là, en Irak, des sauvages décervelés découpaient de la tête d’occidental en guise d’action politique. Je pris sa formulation pour une petite erreur de vocabulaire : hair, head - je ne sus que bien plus tard qu’elle ne faisait que traduire littéralement en anglais son farsi. Je trouvais assez facilement le coiffeur « coupeur de tête » en question. Il ne s’appelait pas « Al Qaida barber », les clients semblaient paisibles, je ne vis aucune tête sur le sol, bref je rentrais en confiance et m’installais sur un siège vacant pour attendre mon tour. Cela ressemblait en tout point à un salon de coiffure parisien avec des posters de belles gueules souriantes bien coiffées, une multitude d’échantillons de shampoing et autres produits de soin, des magazines et des journaux à la disposition de la clientèle. La seule différence majeure que je notais était l’absence totale de femme (les salons de coiffure iraniens ne sont pas mixtes). Quatre hommes attendaient patiemment leur tour en regardant une série qui passait sur une télé accrochée dans un coin de la pièce. Même le coiffeur s’arrêtait parfois de travailler pour jeter un coup d’œil sur l’écran. Je tentais de me fondre dans l’ambiance du salon en regardant moi même la série à laquelle je ne comprenais rien. Lorsque le coiffeur m’adressa la parole et compris que je ne parlais pas farsi mais seulement anglais, le centre d’intérêt se translata brutalement de l’écran vers ma petite personne. Il me proposa de venir m’installer à la place du client dont il venait de finir la coupe. Je refusais à deux reprises avec mon meilleur farsi : « na, na » en invitant les autres clients qui attendaient leur tour à respecter l’ordre d’arrivée. Ceux ci refusèrent deux fois en de grands mouvements de mains. J’acceptais donc de prendre leur tour (je ne sus que bien plus tard que leurs refus n’étaient qu’une forme de politesse en Iran à laquelle il aurait fallu que je refuse 3 fois …). Le coiffeur éteignit la TV et mit une cassette de Bob Dylan, pour mettre en confiance et accueillir comme il se doit l’étranger que j’étais.

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Published by Fabor - dans Société
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commentaires

Naimeh REZAEI 11/03/2012 02:17


Bonjour,


Je suis une étudiante iranienne à Paris.Je suis très heureuse de visiter votre blog, et je vous remercie de faire connaitre l'Iran aux étrangers, modifier leur regard sur l'Iran, etc.


le sujet de ma thèse est le centre historique de Téhéran. en fait c'est une étude comparée avec les villes européennes. Ce qui semble impossible pour mon directeur de thèse à paris!


Je serai à Téhéran dans 12 jours, pour mes études de terrain.


Je vous remercie encore. J'espère qu'on puisse se soir.


Naimeh

Fabor 26/04/2012 10:46



Votre sujet de thèse est passionnant. Nous ne sommes plus à Téhéran en ce moment, ni même à Paris, nous nous sommes installé pour queslques temps à Shanghai. Tenez nous informé de votre
travail. Nous serons des lecteurs attentifs. Nous pouvons même en publier des extraits si vous le souhaitez.



Marie-Aude 11/02/2008 15:54

Si les iraniens sont comme les marocains, ils sont plein d'indulgence pour nos bourdes ... Et le cut your head est tout mignon !

andrem 04/02/2008 15:28

Mille baffes rétrospectives ne suffiraient pas à me consoler des refus non renouvelés trois fois, me transformant en goujat d'occidental.On ne peut pas deviner, et pourtant je suis de ces pays de chez nous où la tradition du refus est forte. Le jour où j'ai compris, j'ai découvert que nous étions semblables mais trop tard pour nombre d'entre eux.