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20 septembre 2006 3 20 /09 /septembre /2006 14:02

Il y a quelques semaines, une amie iranienne qui vit à Téhéran a vécue une sale aventure. De celle que l’on croyait être du passé, du passé proche (cinq à dix ans à peine) ou les rues de Téhéran pouvaient être très dangereuses pour une femme, seule ; où la vie pouvait s’arrêter, net, en quelques heures. Sans recours. Sans jugement. Nombre d’iraniens craignaient que cela ne réapparaisse. Malheureusement, il semble qu’ils reviennent.

 

Un vendredi après midi, M, jeune femme de 27 ans, revenait en voiture d’une ballade sur les premières pentes des montagnes de l’Alborz au nord de Téhéran avec un ami. Ils furent arrêtés par une patrouille de bassidji1 que l’on croyait être dorénavant reclus dans leur caserne. Contrôle d’identité. Il est interdit pour une femme d’être accompagnée dans son véhicule d’un homme autre que son mari, son frère ou son père. Puis cela se précipite. Allusion de prostitution. Un des miliciens fouille le sac à mains de l’amie et y trouve de la drogue, qu’il avait préalablement mit lui-même. Le procédé est connu de tous. Mais il est impossible de nier. Ces milices représentent l’ordre moral de la République islamique. Triste ordre moral. Triste République. La jeune femme est embarquée. Le jeune homme menacé puis rapidement relâché. Elle est emmenée dans un sombre bureau, dans lequel on la menace et lui demande de se déshabiller. Heureusement pour elle, et c’est peut être cela qui l’a sauvé, une femme est aussi présente dans le bureau. C’est elle qui contrôle ses vêtements, qui empêche l’un des miliciens à rentrer dans la pièce. Elle a enfin le droit de se rhabiller. Elle est gardée au poste pendant plus de quatre heures. On lui demande de faire un don au mausolée de l’Imamzadeh voisin, pour racheter ces péchés. Soixante dix milles tomans (environ 70 euro) en cash, qui ira directement dans la poche de ces ravisseurs. Et enfin relâché. Elle récupère quasiment tous ses documents, mis à part sa carte d’identité. Par la suite, l’un des miliciens la harcèle pendant plus d’une semaine en l’appelant sur son portable, sur son fixe, en se baladant près de son domicile, lui proposant  de venir faire un tour avec lui, pour récupérer sa carte d’identité, parce qu’il l’a considère putain. Elle ne sort plus seule. Même pour aller à son travail, elle se fait maintenant accompagnée. Elle a été déclarer la perte de sa carte d’identité.

 

C’est malheureusement aussi ça l’Iran. Des salauds qui peuvent commettre les pires abominations sous couvert de la loi. Des salauds qui peuvent violer, tuer n’importe quelle jeune fille ramassée dans la rue.

 

1 Bassidji : Cette milice est une force paramilitaire qui a été fondée par l’Ayatollah Khomeiny en novembre 1979 afin de fournir des volontaires populaires aux troupes d’élites dans la guerre Iran-Irak. Le nouveau guide suprême l’Ayatollah Ali Khamenei leur a ordonné de réprimer les éléments corrompus et contre-révolutionnaires. Ils seraient à l’heure actuelle plus de 11 millions dans le pays et n’ont de compte à rendre à personne, si ce n’est à Khamenei lui-même. Ce sont de jeunes fanatisés ne portant pas toujours d’uniforme militaire, le plus souvent armés.

 

Pour ceux qui veulent aller plus loin et mieux comprendre l’origine historique et la compréhension sociale de cette milice, vous pouvez consulter l’article de Farhad Khosrokhavar Le modèle Bassidji paru dans « Culture et Conflits n°28 » - 1998 : http://www.conflits.org/document680.html

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Published by Fabor - dans Société
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commentaires

fab 22/09/2006 09:45

iranian song from Shamlu, écrit en juillet 1979 :
On vient sentir ta boucheQue tu n'aies dit je t'aime On vient sentir ton cœur Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse Quant à l'amour, On lui donne le fouet Le long des remparts sentinelles L'amour, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour En cette impasse torve, torturée par le froid Brille l'amour Par la grâce nourricière des chants et des poèmes Ne te risque pas à penser, ma toute gracieuse Quelle étrange époque vivons-nous Celui qui, nuitamment, martèle à notre porte Est venu en meurtrier de la lampe La lumière, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour Et voici que viennent les bouchers Veillant à tout passage Ils apportent la planche et les hachoirs en sang Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse Et ils équarrissent le sourire sur les lèvres Et les chants sur la bouche La joie, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour Les canaris sont couchés sur la braise, brûlante de jasmin et de lys Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse Iblis* est triomphant, Ivre, attablé au banquet de nos deuils Dieu, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour.
(* Satan, dans la tradition orientale)

Abbas 21/09/2006 10:31

"They smell your breath, lest you might have said... I love you!"
translation of an Iranian song